Un artiste solitaire et voyageur Touche à tout, instinctif et solitaire, Antoine de Bary a toujours voyagé dans sa tête comme dans sa vie, et ce nest pas fini. Quand on lui demande où il sera lorsquil aura quitté Chaudenay, dans quelques semaines, Antoine répond « un peu partout entre la Sibérie et le Brésil ». Une phrase qui nest pas du tout une boutade car il a déjà plein de projets et de rendez-vous des bords de lAmazone à Krasnoïarsk ou au Canada et la mise en place du Musée-Hors-Les-Murs est tout sauf une retraite, et encore moins une cessation dactivités. Ce vagabond de la création entend bien continuer à planter des mâts et son petit appartement de banlieue ne le verra que de loin en loin, le temps dune pause.
Retour en arrière. Cest dans lAriège que ce Parisien, Bourguignon dadoption, a vu le jour en 1936 et cest à 20 ans quil est entré en art comme on entre en religion. Et lorsquil arrive en Bourgogne en 1973, il est déjà ancien combattant des Halles Baltard, il a connu des joies et des déceptions, il a vécu comme un artiste, un vrai, avec des vaches maigres et des succès, des coups de projecteur de la gloire éphémère et des fins de mois difficiles.
En Bourgogne, son itinéraire et celui de Marie-Odile son épouse se confondent et font partie intégrante de larrivée de lart contemporain dans nos villes. Le Cracap (Centre de création artistique), lÉcomusée du Creusot puis celui de la Bresse, la Maison de la Culture de Chalon, Mâcon ou Arc-et-Senans se souviennent encore de leurs expositions, de ses envies et de ses « folies ». De Bary refuse les modes et si son expression qui reste contemporaine passe tantôt par la peinture, par la sculpture, par des interventions publiques, des collages ou des bois brûlés, cest « parce quil en a envie », parce quà un moment donné cest comme cela, par ce moyen quil a envie de raconter, dexpliquer ou dexprimer ses sentiments. Peu à peu ses oeuvres entrent dans des dizaines de collections privées et publiques à travers le monde et il est à lorigine de plus dune centaine dexpositions ou de créations du centre Pompidou au forum des Halles. Il y aura un livre « Le film du cinéma » fait de collages de photos de films, un ensemble de sculptures à la fois symboles et traits dhumour (les Kotipatik) un 14 juillet autour dun funambule qui franchit son mur. Tantôt il souvre sur le monde (fenêtres sur
) et tantôt il se referme (les boîtes à mémoire) mais jamais il ne sarrête.
Nouvelle date importante dans son « voyage » : 1988 année où il découvre le Mali qui garde encore une place privilégiée dans son coeur et où il plante son premier mât. « Les mâts pour des Oasis » cest une idée qui lui est venue lors dune rencontre avec des Amérindiens du Canada et cest un projet qui mûrissait depuis des années et qui est aujourdhui devenu réalité à 5 reprises à Bamako (1990), Saint-Hilaire de Dorset (Canada 1992), Molinos (Espagne 1994), Brême (Allemagne 1997) et en 1999 à Ouroux-en-Morvan. Ce mât dit-il cest un signe comme le Clocher le Minaret ou lObélisque. Il attire lesprit vers le haut, vers le spirituel. Il marque le centre dun espace culturel, loasis. Cest un signal pour lavenir et le centre dun rayonnement qui marque lintention du groupe qui la voulu à travers sa forme et les matières qui le composent. »Lorsquil plante un mât, Antoine de Bary demande à ceux qui le veulent bien de déposer dans une fosse au-dessus de laquelle il sera implanté un objet personnel, un « objet mémoire » à transmettre aux générations futures. Et un catalogue est édité regroupant tous les objets pour que le souvenir soit en permanence accessible. Ainsi à Ouroux-en-Morvan a-t-on déposé aussi bien une bouteille de vin que des photos décoles, une écharpe de maire ou un journal quotidien quun pain, des outils, des peluches, des livres, des pièces de monnaie, un fer à cheval ou une boite de préservatifs. À chacun son choix, à chacun son témoin du fossile au
lingot dor. Et demain, lorsquon cherchera Antoine, on le trouvera quelque part dans le monde en train de mettre au point le nouveau mât. J.-L. Cottier
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