Longtemps, longtemps, le feu s'est levé de bonne
heure
La bichromie n'abolit pas le hasard ; la monochromie non
plus
En équilibre sur son fil, le diable blanc défie
la mort
Ce qui était couché se relève. Ce qui
était vaincu reprend le combat
En l'absence de toute mariée, les moules mâliques
pleurent des larmes de plomb
Longtemps, le fil de fer barbelé s'est griffé
lui-même
Les hommes se consument autour de leur autel
Fin de siècle? Fin de millénaire? Fin de chaque
seconde?
Le soleil est une tête
L'hôtel brûle en même temps que ceux qui
l'habitent
Longtemps, le permis de séjour a été
refusé
La moto brûle devant les hommes attentifs
Le fil de fer barbelé se hérisse comme animal
très maigre
Une sculpture est parfois un message
La famille n'est pas toujours haïssable
Le diable blanc, en équilibre sur son fil, défie
la pesanteur
Jamais le grillage n'abolira le désir de s'évader
La circulaire devient bouclier. Le linéaire devient
lance
Ce qui était jeté se voit donner une deuxième
chance
Tous les veilleurs ne sont pas des surveillants
Rêvant d'une mariée, les moules mâliques
brûlent d'amour
Le diable blanc marche sur le fil de fer barbelé
Un nouveau millénaire chû d'un désastre
obscur
Trop souvent le permis de séjour a été
retiré
Tête petite pour que le vent circule plus vite autour
d'elle
Ce qui a été jeté deux fois recevra
une troisième chance, et ainsi de suite
Fin d'un millénaire? Mais notre cinéma est
permanent
Elles tricotent des maillots de bain avec du fil de fer
barbelé
Chez les Chinois, le bois et le métal sont deux des
cinq éléments de l'univers
En équilibre sur son fil, le diable blanc joue au
bilboquet
Ce qui était chassé revient
Il est possible de séjourner sans permis de séjour
Le feu est un enfant qui joue
D'où vient cette langueur monotone dont mon coeur
se berce ?
La moto brûle devant l'autel
Ce qui était déchiré est reprisé
Le diable blanc marche sur le fil ni trop peu, ni trop tendu
Ce qui était défait est refait. Ce qui était
parfait est momentanément défait
Les douelles des tonneaux gardent le souvenir
du vin
Le vent se moque des fils de fer barbelés et des
grilles
Les rondins de sapin se souviennent de la hache
Le diable blanc sifflote sur son fil
La roue est une tête
On ne sait pas toujours qui recevra un message personnel
Le rugueux n'est pas toujours plus sincère que le
lisse
L'ombre est parfois préférable à la
proie
Un appareil de photo peut en cacher un autre
Le diable blanc marche sur son rêve
Certains messages personnels ne signifient rien et ne sont
destinés à personne
Le lisse n'est pas toujours plus travaillé que le
rugueux
La chambre noire invente d'obscurs désastres
Ce qui était enterré surgit à la surface
Le diable blanc croque un croissant de lune
Ce qui était broyé se reconstitue
Circulez ! Il y a beaucoup à voir partout
Tout mât est axe du monde
Saluer ce qui bouge. Peindre le reste
Le diable blanc déjeune à fond de cuve
Ils poussent le temps avec l'épaule
Construire, dit-elle parfois
Peindre ce qui bouge. Saluer le reste
Les draps des gabiers, des fantômes, des amoureux
et des peintres sont lavés dans la même eau
La quille est une tête
Le diable blanc attrape la lune avec les dents
Réparer la marmite aux oreilles jaunes
Envelopper les courges. Enfermer l'éclat
Tu as perdu les sacs et les haches
La foudre zigzague au dessus du marais
Le diable blanc marche sur la queue du tigre
Il n'y a pas encore alliance
Avoir à attendre, puis agir
Le diable blanc marche sur l'arc-en-ciel
texte : Gilbert
Lascault - photographies : André
Morain, Deidi von Schaewen, Marc Rapillard, Yvon le Marlec